
Ci-contre : Le Parthénon en août 2005 ; grues et échafaudages disparaîtront bientôt...
Les causes de dégradations des bâtiments sont multiples ; un incendie au IIIe siècle, l’explosion de 1687, le vandalisme, la récupération des matériaux pour d’autres constructions, les pluies, les micro-organismes qui rongent la pierre figurent parmi les responsables. Mais outre le passage du temps et le climat, il faut surtout incriminer la pollution et les anciens travaux de restauration : on a réuni des pièces qui n'allaient pas ensemble, on n’a pas replacé certains éléments au bon endroit, on a utilisé des agrafes en fer qui s'est oxydé en fendant le marbre ; de plus, de nouveaux fragments ont été découverts et identifiés au cours des dernières décennies.
En 1975, un an après le rétablissement de la démocratie en Grèce, Constantin Caramanlis, alors premier ministre, annonçait la fondation d'un Comité pour la Préservation des Monuments de l'Acropole. Les travaux ont d’abord avancé très lentement en raison des multiples problèmes rencontrés. En 2000, la création d'un Service de Restauration de l'Acropole a accompagné la volonté d'accélérer les travaux afin qu'ils soient achevés pour les J.O. De 2004. Les travaux n'étaient pas finis en 2004, mais cette lenteur est peut-être à mettre au crédit des restaurateurs qui ont privilégié la qualité du travail contre les impératifs médiatiques. En 2005, 230 personnes travaillaient en permanence à la restauration.
Il fallait d'abord démonter toutes les anciennes réparations, éliminer le fer qui abîme les marbres, nettoyer les pierres et les renforcer contre la pollution. Le nettoyage se fait au laser, et le fer est remplacé par un matériau inoxydable et stable, le titane.
Les réparations se font en respectant autant que possible les matériaux et les techniques des Anciens. Les réparations primitives du début du XXe siècle conduisaient, pour l’assemblage des blocs, à les retailler et à combler les vides avec du ciment. Maintenant, on garde aux blocs leur forme originelle, et on comble les vides avec des matériaux de même nature. Ainsi, on doit trouver du marbre ayant à peu près les mêmes veines que celui des blocs originaux. De plus, on essaie autant que possible de remettre les blocs à leur emplacement d’origine, et parfois, il faut se livrer à une véritable enquête de détective : pour déterminer quels blocs récupérés çà et là étaient adjacents, on examine les correspondances des marques laissées par la végétation. Enfin et surtout, il faut s'imprégner des connaissances et méthodes de travail des Anciens.
Les équipes de restauration travaillent avec des machines parfois créées pour l'occasion. Aujourd'hui encore, le transport jusqu'au haut de l'Acropole est problématique. Des camions les amènent du Pentélique au pied de l'Acropole, côté sud-est, de là ils subissent une première découpe puis sont hissés par une grue spéciale montée sur rails, capable de lever de 50 m un poids de 10 tonnes. Arrivé en haut de l'Acropole, le bloc est placé sur un wagonnet et conduit au chantier. Une machine est spécialement conçue pour ciseler les cannelures des colonnes. Quand les tambours ont été empilés, les finitions se font à la main...
Les inquiétudes ne manquent pas : en novembre 2005, Manolis Korrès, un des spécialistes de la restauration, s'inquiétait de la pénétration des eaux de pluie dans le sol du Parthénon, actuellement protégé par une dalle temporaire, et des risques de petits affaissements de terrain pouvant perturber l'équilibre des colonnes et le maintien du temple. Le danger a été démenti par les autorités qui rappellent que des études de surveillance sont faites régulièrement. De même, les murs d’enceinte sont sous haute surveillance.
Pour la période 2001-2005, les avancées sont impressionnantes : 1000 pièces (pour un poids total de 2,315 tonnes) ont été démembrées et rassemblées, 1100 fragments ont été recollés et remis en place, 690 additions ont comblé d'anciens fragments, 90 nouvelles sections de marbre ont été ajoutées.
Avant les travaux, on connaissait mal les techniques de construction et d'assemblage de l'antiquité, et les spécialistes ont dû approfondir la question. On pense désormais que dans l'antiquité, les blocs de marbre étaient grossièrement équarris dans les carrières du Pentélique, transportés sur le chantier, et travaillés sur place. Mais certains blocs (éléments d'architraves et de linteaux, tambours de colonnes...) pèsent jusqu'à 12 tonnes.
Le nettoyage des sculptures de la frise ouest a révélé des traces de couleur : le rouge, qui provient de l'hématite, le bleu égyptien ; l'utilisation de ces deux couleurs était déjà connue, mais on a trouvé aussi des traces de vert, obtenu à partir de malachite. Les textes antiques nous apprennent d'ailleurs que non seulement les frises, mais aussi les colonnes étaient peintes.
L’examen du sol de la maison des Arrhéphores a permis de découvrir des fragments d’architecture et de sculpture du Parthénon, comme un élément d’une métope du côté nord.
Les travaux les plus monumentaux pourraient être achevés fin 2006, et la presque totalité des grands chantiers de restauration pourrait être terminée en 2009. Mais les embellissements et aménagements définitifs ne seront pas terminés avant 2020. Annonce du 23/11/2007 : les principaux échafaudages sont maintenant programmés pour disparaître courant 2008 !
Achevé – pour bientôt – pour plus tard (nous corrigerons les dates et couleurs en fonction des nouvelles informations !) :

Le portique est et le mur nord sont restaurés.
Chapiteaux ioniques : Les chapiteaux d’origine, en mauvais état et très mal restaurés au début du XXe siècle, seront placés dans le nouveau musée. Les sculpteurs Giorgos Desyptis et Aristeidis Cladios ont été chargés de la fabrication des nouveaux chapiteaux (photo ci-contre). 28 septembre 2006 : les deux nouveaux chapiteaux ont été mis en place au sommet de leur colonne. On prévoit ultérieurement la restauration des ailes nord et sud, et la reconstruction du mur sud de la salle ouest. Annonce du 30/10/08 : l'anastylose de la salle ouest est terminée, les échafaudages seront enlevés d'ici la fin de l'année 2008 ; du côté est, les travaux seront prochainement terminés avec la mise en place du fronton.
La restauration des façades est et ouest est achevée, de même que celle du pronaos, de l’opisthodome, de la frise ouest ; l’effort porte sur les colonnes du grand côté nord. Restera à enlever la dalle temporaire qui protège actuellement le sol. La question d’une toiture a également été posée.
28/09/2006 : on efface tout et on recommence ! Les 6 colonnes du pronaos mises en place en 2004 vont être démontées puis remontées. Explication : l'absence de cannelures les rendait inesthétiques et jurait avec l'environnement ; on a donc décidé d'ajouter des cannelures, en dégrossissant d'abord les tambours avec une scie électrique spécialement conçue à cet effet (ce qui nécessite le désassemblage des tambours), les finitions se faisant à la main ultérieurement. Il faudra un an pour traiter et remettre en place les 33 tambours concernés.
19/12/2006 : on a décidé d'enlever 7 des 8 métopes d'origine qui restaient encore sur la frise dorique du long côté nord, car elles se détériorent sous l'effet de la pollution. Il s'agit des métopes 24, 25, 27 à 31, qui sont remplacées par d'anciens moulages, tandis que les originaux, après nettoyage et restauration, seront exposés dans le nouveau musée de l'Acropole. L'opération a eu lieu durant l'année 2007. Désormais, seules la métope 32 (à l'extrémité ouest du côté nord) et les 14 métopes du côté ouest seront les éléments originaux de la décoration sculptée encore en place sur le Parthénon.
Avril 2008 : le projet est à l'étude, toutes les métopes originales encore en place seront exposées dans le nouveau musée de l'Acropole.
Juillet 2008 : la nouvelle intervention est décidée officiellement pour la façade ouest, qui a souffert successivement des attaques des chrétiens (sculptures abîmées), de la guerre d'indépendance (700 impacts ont été repérés), des séismes de 1981 et 1999, et de l'humidité constante sur cette façade ; on prévoit la présence d'échafaudages pendant trois ans à partir de 2009 ; les travaux comprendront la dépose des métopes authentiques qui restent et leur remplacement par des moulages, et la consolidation du fronton, avec la remise en place de deux fragments antiques et l'additions de nouveaux morceaux de marbre.
Le temple a été entièrement démonté depuis 2000. Malgré sa petite taille, c’est celui qui pose le plus de problèmes aux restaurateurs. Les fondations et les dalles de soubassement sont en place. Les murs pourraient être remis en place à la fin de 2007. 1 août 2006 : la décision de restaurer également le fronton est est prise ; achèvement prévu courant 2008. Plus d'informations sur Athéna Niké. Fin 2008 : les colonnes sont en place ; on va mettre des copies de la décoration sculptée de la frise (les originaux se trouvant au musée).
La restauration est presque complète ; il reste à réaliser la couverture du portique nord.
Le sol a été entièrement déblayé, et on y trouvé plus d'une centaine de fragments architecturaux appartenant au Parthénon et aux Propylées. Mais ce bâtiment construit au Ve siècle dans un calcaire de mauvaise qualité est en très mauvais état. En juillet 2006 est prise avec tristesse la décision d'ensevelir de nouveau le bâtiment d'ici la fin de l'année.
Bâtiment à restaurer.
Ils ont été fragilisés par fouilles, et leur état est sous surveillance. On a même assisté à une scène originale début mars 2006 : des alpinistes chevronnés ont descendu en rappel les fortifications pour placer des électrodes destinées à vérifier leur état.
Il devra être remis en état et aplani, de nombreux trous ayant été provoqués par les fouilles et les travaux de restauration.
A consulter : le site Internet consacré aux restaurations (en grec ou en anglais ; ce site ne semble pas avoir été mis à jour depuis 2004).
Un nouveau musée est en construction dans le quartier de Makrygiannis, au sud de l’Acropole.

Ci-contre : la maquette du nouveau musée de l'Acropole
Non sans difficultés, le nouveau musée sort de terre, après plusieurs années d'interruption dues aux protestations des riverains et de certaines personnalités : la construction n'allait-elle pas détruire des vestiges archéologiques, et le nouveau musée ne risquait-il pas de dénaturer l'environnement de l'Acropole ? Les responsables ont fait l'objet à partir de 2003 d'une action en justice pour destruction de vestiges archéologiques ! Mais l’accusation s’est dégonflée d’elle-même quand le principal accusateur, Pétros Tatoulis, député au moment du dépôt de la plainte puis ministre de la culture peu avant le procès qui s’est tenu en mars 2006, a reconnu qu’il n’y avait finalement pas eu destruction de vestiges. Les accusés (la fine fleur de l’archéologie hellénique) se consoleront en pensant que Phidias aussi, en son temps, eut des ennuis avec la justice.

Finalement, l’achèvement des travaux, annoncé en novembre 2005 pour la fin de 2006, est repoussé à mars 2007 (annonce du 21/03/06), puis à la fin de septembre 2007, et l’ouverture au public est prévue pour le début de 2008 (annonce de juin 2007)… En attendant, le public peut visiter une exposition montrant des découvertes (500 objets, soit seulement 1% de ce qui a été trouvé…) faites lors de la construction du musée.
L'exposition "Le Musée et les fouilles", présentée depuis mars 2006 dans un bâtiment proche du musée en construction, avait connu un grand succès. C'est pourquoi depuis le 21 décembre 2007, et jusqu'au 31 mars 2008, elle est présentée au rez-de-chaussée du nouveau musée, qui est pour l'occasion ouvert tous les jours de 10 à 12 heures. L'exposition présente quelques objets découverts lors des fouilles préalables à la construction du musée, qui se trouve sur un antique quartier occupé du Ve av au Ve ap. ; elle est ciblée essentiellement sur le public jeune, et se veut très pédagogique.
La démolition de trois immeubles gâchant la vue entre le nouveau musée et l'Acropole elle-même a été décidée en outre, déclenchant de nombreuses polémiques de la part des défenseurs de l'architecture moderne : certains immeubles en style "Arts Déco" font aussi partie du patrimoine culturel athénien.
Le bâtiment, pouvant résister à un séisme de puissance 10 (le maximum) sur l'échelle de Richter, a été conçu par l'architecte suisse Bernard Tschumi. D'une surface de 23 000 m², dont 14 000 m² de salles d’exposition, haut de 23 m, il comprend quatre sous-sols et trois niveaux, le niveau intermédiaire étant constitué par une verrière destinée à permettre la reproduction des conditions naturelles d'éclairage des sculptures de l'Acropole. On devrait exposer dans le musée de nombreux objets encore jamais vus par le public en raison de l’exiguïté du musée actuel : plus de 4000 objets d’époque archaïque ou postérieure à la construction du Parthénon, des bronzes, de la céramique… et, dans un espace aux dimensions de la cella du Parthénon, les parties de la frise restées en Grèce, tandis que la place réservées aux « marbres Elgin » restera vide.
Mais sans parler du retour des œuvres se trouvant à l'étranger, un transfert à haut risque doit avoir lieu : comment faire franchir les quelques centaines de mètres qui séparent l'ancien musée de l'Acropole du nouveau à plus d'un millier d'objets, parmi lesquels des chefs-d'œuvre absolus du patrimoine mondial ? On a recensé 300 statues en ronde-bosse, auxquelles il faut ajouter des frontons entiers, les blocs sculptés de la frise, et quelques 4000 fragments. Qui plus est, le poids des œuvres n'est pas négligeable. Une partie de la frise du Parthénon peut peser jusqu'à 2,5 tonnes, et une Caryatide de l'Érechthéion environ 185 kilos.
Le déménagement commence en septembre 2007, au rythme de 4 transferts par jour pour les grosses pièces. On en profite au préalable pour nettoyer (enlever la colle et le fer de restaurations antérieures) et consolider les objets. Le transport va se faire dans des coffrets métalliques à l'aide de trois grues géantes (les plus grandes d'Europe, dit-on) qui feront parcourir à leur précieuse cargaison un trajet de 400 m. La première (capable de porter une charge de trois tonnes), située à l'angle sud-est de l'Acropole, chargera les objets depuis la cour de l'actuel musée et les déposera à l'angle sud-est du mur de soutènement du théâtre de Dionysos. La deuxième grue, placée au point de jonction de l'antique rue des Trépieds et du propylée du sanctuaire de Dionysos, assurera le transport jusqu'à la limite du site archéologique vers l'avenue Dionysiou Arepayitou, et la troisième grue permettra d'atteindre le nouveau musée situé à 100 mètres.
14 octobre 2007 : après des essais concluants, le déménagement a commencé... Voir le reportage-video sur le site de National Geographic.
Images du nouveau musée sur le site du New York Times :
www.nytimes.com/slideshow/2007/10/28/arts/20071028_OURO_SLIDESHOW_index.html
Février 2008 : le "déménagement du siècle" sera terminé en mars 2008 ; le musée pourrait être inauguré en septembre.
Mai 2008 : le site de la BBC propose une visite de 5mn du nouveau musée.
http://news.bbc.co.uk/2/hi/7381738.stm
Avril 2008 : le site internet officiel du musée est ouvert : www.newacropolismuseum.gr/gr/
Les "marbres du Parthénon" dits aussi "marbres Elgin" font l'objet d'intenses polémiques, surtout depuis que la Grèce en demande le retour. Mais de quoi est-il exactement question ?
Le temple décoré sous la direction de Phidias comportait :
La campagne lancée par Mélina Mercouri en 1982 n'a d'abord rencontré qu'une fin de non-recevoir de la part du British Museum. Mais désormais, la demande prend de l'ampleur et rencontre de plus en plus de soutiens, y compris de la part d'éminents archéologues et historiens britanniques comme Anthony Snodgrass. L'opinion publique internationale est de plus en plus scandalisée par le trafic d'œuvres d'art, comme le montre le retentissant procès dont ont été l'objet à l'automne 2005 en Italie les responsables du Getty's Museum. Une chose est certaine, la dilapidation du patrimoine culturel est une page de l'histoire désormais close.
S'ouvre désormais la délicate ère des restitutions. Et les actes symboliques commencent : le musée de l'université de Heidelberg, en Allemagne, a rendu en septembre 2006 à la Grèce un fragment de frise du Parthénon, un modeste fragment de 8 cm sur 11 appartenant à une jambe d'homme. En 2005, une Suédoise décidait de rendre, à titre privé, un fragment architectural sculpté de l'Érechthéion, "prélevé" par son oncle en 1896. La cérémonie de restitution a eu lieu le 10 novembre 2006.
Des musées pourraient accepter de restituer des fragments, et la Grèce est désormais prête à accepter des échanges ou des prêts à long terme de certaines de ses antiquités. Si tous les musées européens qui possèdent de petits fragments les rendent, la position du British Museum sera de moins en moins tenable. Au fait, qu'est-ce qu'attend le Louvre ?
Cependant la route est longue, si elle aboutit jamais : le Vatican a d'abord refusé la restitution des fragments que détiennent ses musées, pour ne pas créer de précédent dans les affaires de restitution. Mais finalement, le point de vue a changé : le 5 novembre 2008, un fragment de décoration du Parthénon est rendu par le Vatican à la Grèce en grande pompe.
Yves D. Papin fait le point sur les conditions dans lesquelles Lord Elgin s'empara des frises et métopes du Parthénon, et sur les polémiques actuelles concernant la restitution.
La BBC propose un diaporama sur le nettoyage de la frise, et ses effets comparés à Athènes et à Londres.