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L'Acropole d'Athènes, histoire des constructions

L’Acropole à travers les âges a connu de multiples visages. On présentera ici les constructions, modifications, destructions, restaurations.

Des origines au début du Ve siècle

Époque mycénienne : un palais semble avoir existé au milieu du rocher ; un mur cyclopéen (XIIIe av.) appelé Pélasgikon ou Pélargikon, entoure l'Acropole ; un puits est creusé dans une crevasse profonde du côté nord ; un bastion avancé se trouve du côté ouest (sous le mur de soutènement d'Athéna Niké).

XIe siècle : le palais est abandonné.

Xe-VIIIe siècles : un culte existe sur l’Acropole, mais on y trouve aussi des tombes et des habitations ; l’espace urbain n’est pas encore différencié et spécialisé.

VIIe siècle (deuxième moitié) : l’Acropole devient essentiellement un centre religieux ; construction d'un premier temple monumental (qui sera désormais appelé « ancien temple ») dédié à Athéna Polias. Vers 600, l’Acropole va devenir le sanctuaire prééminent de l’Attique.

Vers 570 : l’ancien temple est rénové et décoré de frontons sculptés ; peu après, on entreprend plus au sud la construction d'un autre bâtiment, dit Hékatompédon (bâtiment de 100 pieds)

Milieu du VIe : construction d'un plan incliné servant de rampe d'accès à l'Acropole, pour la célébration des Grandes Panathénées, fêtes en l’honneur d’Athéna.

Fin VIe : un petit temple et un autel sont construits sur le bastion ouest (futur emplacement d'Athéna Niké)

N.B. : au cours de la période archaïque les offrandes se multiplient et cinq trésors sont construits.

Vers 490 av : on entreprend de remplacer l'Hékatompédon par un nouvel édifice en marbre ; les travaux commencent.

480 av : prise de l'Acropole par les troupes des Perses ; la plupart des édifices sont partiellement ou entièrement détruits.

Après 480 : on reconstruit les murs d'enceinte ; le mur nord (qui porte le nom de mur de Thémistocle) utilise de façon ostensible des matériaux provenant d'édifices détruits, notamment les tambours de colonnes du second Hékatompédon ; le mur sud (dit de Cimon) est un peu postérieur. Les sanctuaires ne sont pas reconstruits immédiatement, on souhaite rappeler le souvenir de l’invasion par la présence des ruines. L’ancien temple, détruit seulement partiellement reste en usage.

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Les grands travaux de l'époque classique

Ils ont été lancés par Périclès, stratège d’Athènes, qui fait affecter à la reconstruction des bâtiments de l’Acropole une partie des contributions fournies par les alliés de la Ligue de Délos. Les travaux sont supervisés par le sculpteur Phidias qui se chargera d’organiser la décoration sculptée du Parthénon.

447-438 : le Parthénon (architectes : Ictinos et Callitratès) prend place à peu près à l'emplacement de l'ancien Hékatompédon.

437-432 les Propylées (architecte : Mnésiclès) servent d'entrée monumentale.

421 : le temple d'Athéna Niké (architecte : Callicratès) remplace l'ancien petit temple du bastion sud-ouest.

421-406 l'Érechthéion (421-406) recouvrit d'anciens lieux de culte et fut construit tout près de l’ancien temple, endommagé par un incendie en 406, mais pas définitivement détruit.

Les autres bâtiments du grand programme sont : le temple d'Artémis Brauronia, la maison des arrhéphores, la chalcothèque (achevée au début du IVe siècle).

N.B. : des chercheurs considèrent maintenant que l'ancien temple, qui survécut aux destructions des Perses, ne fut jamais entièrement démoli, mais resta en usage jusqu'à la fin de l'époque romaine, voire plus tard. Dans ce cas, la physionomie de l'Acropole antique était bien différente de toutes les reconstitutions proposées, puisqu'en pénétrant dans l'Acropole par les Propylées, on avait dans l'axe de vision juste en face de soi l'ancien temple, situé juste derrière la statue d'Athéna Promachos. Voir les reconstructions virtuelles sur le site learning sites.

Périodes hellénistique et impériale

IIe av. : un piédestal en marbre est construit devant les Propylées pour servir de base à la statue du roi de Pergame Eumène II. Une base devant l'angle nord-ouest du Parthénon porte la statue d'Attale II sur un quadrige.

Fin Ier av. : construction d'un temple de Rome et Auguste ; la statue d'Agrippa prend place au sommet du piédestal du IIe av.

Ier ap. : sous l'empereur Claude on construit un escalier monumental qui se superpose à la rampe d'époque archaïque

IIIe ap : lors de l'invasion des Hérules en 267, Athènes est ravagée ; il y a un incendie dans le Parthénon.

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L'Acropole depuis l'Antiquité

VIe siècle : le Parthénon et l'Érechthéion sont remaniés pour devenir des églises ; à cette occasion, le fronton est du Parthénon est partiellement détruit pour aménager la porte du nouveau lieu saint ; une porte, dite porte Beulé, est construite en contrebas des Propylées.

XIe siècle : l'empereur Basile II, de passage à Athènes, se recueille dans l'église de la Vierge (le Parthénon) et contribue à sa décoration intérieure. Aux XIe et XIIe siècles, Athènes fait l'admiration des érudits malgré son état de déchéance.

1205 : les Francs de la quatrième croisade occupent Athènes et installent le palais du duc, Othon de la Roche, dans les Propylées dont l'aile nord est modifiée (divisée en deux étages). Une haute tour franque est construite à l'entrée.

1458 : Athènes est occupée par les Ottomans. Une mosquée est aménagée dans le Parthénon, un harem dans l'Érechthéion. La résidence du gouverneur est installée dans les Propylées, qui perdent leurs plafonds de marbre.

l'Acropole au début du XVIIe siècle

Toutefois, au début du XVIIe siècle, les bâtiments classiques de l'Acropole offrent plus que des restes significatifs aux regards des voyageurs.

1640 : une partie des Propylées disparaît dans une explosion (foudre ou obus ?)

1687 : les Vénitiens assiègent Athènes, un boulet tombe sur le Parthénon et fait sauter la réserve de poudre qui y était entreposée. L'explosion est suivie d'un incendie, la toiture disparaît, le mur de la cella s'écroule avec de nombreuses colonnes. Les parties abîmées sont laissées sur place à l'abandon. Après cette date, le temple d'Athéna Niké est détruit et ses matériaux réemployés dans la construction d'un mur de défense du côté ouest de l'Acropole. Le vénitien Morosini envisage d'emporter les sculptures du fronton ouest du Parthénon. Mais après avoir sélectionné le groupe des chevaux et du char d'Athéna, les ouvriers commirent une fausse manoeuvre et les sculptures se fracassèrent lors de leur chute. Le projet est alors abandonné.

Au XVIIIe siècle : la maison du gouverneur ottoman se situe entre Érechthéion et Parthénon. Tandis que les autorités se soucient peu des antiquités, l'intérêt pour les ruines va naître en Europe.

le Parthénon en 1751-53

Ci-contre : le Parthénon vu depuis le côté est ; dessin de Stuart et Revett en 1751-3. On voit la mosquée à l'intérieur du temple, et les nombreuses maisons qui occupent l'Acropole.

1786 : Fauvel, peintre et archéologue français, fait des moulages de sculptures du Parthénon, et en 1789 emporte une plaque de la frise (1) (cette plaque se trouve actuellement au Louvre).

1801 : l'anglais Elgin, ambassadeur de Grande-Bretagne auprès de l'empire ottoman, obtient de la Sublime Porte un firman (décret impérial) autorisant « l'enlèvement de quelques blocs de pierre avec inscriptions et figures ». Vont être prélevés, voire arrachés dans les années qui suivent : sur le Parthénon, 17 statues du fronton ouest, 15 métopes et 56 plaques de la frise des Panathénées, une caryatide de l'Érechthéion, des reliefs des frises nord et sud d'Athéna Niké(1). En outre, pour prélever la frise, les ouvriers «ont d'abord brisé l'architrave et jeté en bas des chapiteaux ; ensuite, au lieu de faire sortir les métopes par leurs coulisses, les barbares ont trouvé plus court de rompre leur corniche» (témoignage de Chateaubriand). L'enlèvement d'une des caryatides et son remplacement par un pilier en briques, opéré par Lusieri, agent d'Elgin, aurait provoqué une émeute à Athènes.

1805 : les prélèvements sont interdits (mais continuent clandestinement), les Turcs aussi s'étant émus des déprédations provoquées.

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1822 : la guerre d'Indépendance a commencé ; la garnison turque est chassée de l'Acropole.

1827 : lors d'un siège, un obus turc tombe sur l'Érechthéion, provoquant l'écroulement d'une partie du mur sud et de la tribune des Caryatides. Selon un témoin, lors de la même journée sont tombés sur l'Acropole 180 bombes et 350 boulets. La même année, les insurgés grecs réunis à Trézène décrètent l'interdiction de l'exportation des antiquités.

projet de palais sur l'Acropole

1834 : Athènes devient la capitale de la Grèce ; tous les bâtiments turcs sur l'Acropole sont détruits ; on envisage la construction d'un palais royal sur l'Acropole, des plans sont dessinés par l'architecte Schinkel (dessin du projet ci-contre), mais le projet est (heureusement) abandonné.

On peut considérer que désormais, l'Acropole n'a plus de fonction ni défensive, ni religieuse, ni politique ; elle apparaît uniquement comme un témoignage du passé.

1835 : le Service archéologique prend le contrôle de l'Acropole ; celle-ci est ouverte au public contre paiement d'un ticket d'entrée. A partir de cette date, on retrouve les éléments du temple d'Athéna Niké qui est reconstitué par Ross, Schaubert, et Hansen. D'autres bâtiments sont restaurés.

1865-74 : première étape de la dernière construction d'un bâtiment sur l'Acropole, le musée.

1874 : démolition de la tour franque aux frais d'Heinrich Schliemann, qui en échange reçoit le droit d'entamer des fouilles à Mycènes.

1886-90 : première campagne de fouilles, qui fait apparaître les vestiges archaïques enfouis après la destruction par les Perses en 480 av. JC.

1894 : un tremblement de terre secoue le Parthénon. L'opportunité de grands travaux de restauration fait débat.

1898-1933 : grands travaux de restauration, menés sous la direction de l'architecte Balanos.

1936 : le temple d’Athéna Niké est démonté, car le bastion qui lui sert de support menaçait de tomber en ruines, puis remonté à sa place d’origine. C’est la seconde, et non la dernière, reconstitution de l’édifice.

Progressivement, les restaurations apparaîtront inadaptées, insuffisantes, voire néfastes : de nouveaux fragments sont retrouvés, l'usage du fer et du ciment abîme le marbre, fragilisé en outre par une pollution de plus en plus intense. Tout est à refaire...

Les nouvelles restaurations et la question des marbres

(1) Nous rangeons parmi les destructions l'enlèvement de pièces sculptées à partir du moment où elles quittent l'Acropole, mêmes si elles ne sont pas réellement détruites.

Bibliographie et liens

B. Holtzman, l’Acropole d’Athènes, Picard, 2003

Roland Étienne, Athènes, espaces urbains et histoire, des origines à la fin du IIIe siècle ap. J.-C., Hachette, collection "carré histoire", 2004

C. Habicht, Athènes hellénistique, Histoire de la cité d’Alexandre le Grand à Marc-Antoine (trad. M. et D. Knoepfler), Paris, les Belles-Lettres, 2000, édition revue et augmentée 2006

Site Archaeology of the city of Athens : http://www.eie.gr/archaeologia/En/chapters.aspx