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Etre spectateur des jeux dans l'Antiquité

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Être spectateur des jeux dans l’antiquité

Les Jeux Olympiques, les plus populaires de l’Antiquité, semblent s’être longtemps déroulés dans des conditions d’inconfort total pour les spectateurs.

Épictète au Ier siècle ap. J.C. rappelle les désagréments d’Olympie (Entretiens, I, 6, 26) :

Οὐ καυματίζεσθε ; οὐ στενοχωρεῖσθε ; οὐ κακῶς λούεσθε ; οὐ καταϐρέχεσθε, ὄταν βρέχῃ ; θορύϐου δὲ καὶ βοῆς καὶ τῶν ἄλλων χαλεπῶν οὐκ ἀπολαύετε ;

« Est-ce que vous ne cuisez pas ? N’êtes-vous pas à l’étroit ? Ne prenez-vous pas les bains dans des conditions incommodes ? N’êtes-vous pas trempés quand il pleut ? N’avez-vous pas l’agrément du tumulte, du bruit et des autres importunités ? ». Et c’est un stoïcien qui parle ! En effet, les Jeux Olympiques avaient lieu l’été (lors de la deuxième pleine lune suivant le solstice), en pleine chaleur. Si au cours des temps on a fait quelques aménagements pour loger les officiels et les hôtes de marque, comme le bâtiment appelé Léonidaion situé à l’intérieur du sanctuaire, rien n’était prévu pour loger les myriades de pèlerins attirés par la fête : à quoi bon d’ailleurs créer des infrastructures qui auraient été utilisées pendant cinq jours tous les quatre ans ? C’est pourquoi la plupart campaient ou bivouaquaient. C’est ainsi que le philosophe Anaxagore de Clazomènes, au Ve siècle, fit sensation en venant avec une tente en peau de chèvre, ayant prévu des intempéries qui se produisirent effectivement.

Être spectateur demandait aussi de l’endurance : à Olympie il n’y eut jamais de gradins, ni rien pour protéger le public du soleil. Pour se désaltérer, les visiteurs attendront la générosité d’Hérode Atticus, probablement en 153 ap. JC, qui fait venir l’eau par un aqueduc dans un nymphée, d’où une canalisation l’amène à différents endroits du sanctuaire pour alimenter de petits bassins où chacun peut puiser. Selon Lucien, le philosophe cynique Pérégrinos critiqua Hérode pour ses bienfaits :

κακῶς ἠγόρευεν ὡς καταθηλύναντα τοὺς Ἕλληνας, δέον τοὺς θεατὰς τῶν Ὀλυμπίων διακαρτερεῖν διψῶντας καὶ νὴ Δία γε καὶ ἀποθνήσκειν πολλοὺς αὐτῶν ὑπὸ σφοδρῶν τῶν νόσων, αἳ τέως διὰ τὸ ξηρὸν τοῦ χωρίου ἐν πολλῷ τῷ πλήθει ἐπεπόλαζον. (Sur la mort de Pérégrinus, 19)

"Il le critiquait pour avoir efféminé les Grecs, alors qu’il eût fallu que les spectateurs des Jeux Olympiques souffrent de la soif, et, par Zeus, meurent en grand nombre du fait des graves maladies qui jusque-là à cause de la sécheresse faisaient des ravages dans une foule si abondante."

On a d’autres exemples des dangers pour la santé des spectacles sportifs ailleurs qu’à Olympie : le grand Thalès de Milet serait mort d’une insolation alors qu’il assistait aux jeux du stade.

Ce n’est pas tout, une fois la fête finie, il faut partir, à pied, si on ne trouve pas un véhicule : des embouteillages dignes des grands départ en vacances des villes modernes ! Lucien, en 165, doit s’attarder : οὐ γὰρ ἦν εὐπορῆσαι ὀχήματος ἅμα πολλῶν ἐξιόντων « car il n’était pas possible de  se procurer un véhicule, beaucoup partant en même temps ». (Ibid, 35)

Pourtant, on ne manquerait la fête pour rien au monde. Malgré les inconvénients mentionnés, Lucien fut un visiteur assidu d’Olympie : (κάλλιστα Ὀλυμπίων γενόμενα ὧν ἐγὼ εἶδον, τετράκις ἤδη ὁρῶν : "les plus beaux jeux Olympiques que j’ai vus, alors que c’était la quatrième fois que je les voyais") il y venait pour la quatrième fois, motivé sans doute autant par la présence de multiples orateurs que par les compétitions. Il stigmatise le malheureux Pérégrinos, qui, ayant annoncé qu’il s’immolerait par le feu lors des jeux Olympiques, finit par s’exécuter, peut-être à contrecoeur. Depuis toujours, orateurs, philosophes, et poètes, trouvent lors des Jeux une occasion unique de s’exprimer devant le plus large public. Génies et charlatans se côtoient dans le sanctuaire de Zeus. Cela, ajouté à la ferveur religieuse et à l’enthousiasme sportif, contrebalançait largement quelques misérables inconvénients matériels.

Un public agité

On doit supposer que l’ambiance était chaude, dans tous les sens du terme chez les spectateurs qui ne faisaient pas preuve de retenue. Il faut dire que l’exemple vient de loin. L’Iliade met en scène une dispute entre deux chefs grecs lors des jeux organisés par Achille lors des funérailles de Patrocle (Iliade XXIII, 448 sq) pour un sujet qui semble assez mince : Idoménée croit (avec raison) voir arriver en tête le char de Diomède, et se fait reprendre vertement par Ajax fils d’Oïlée qui prétend qu’il s’agit d’Eumélos, d’où un échange d’insultes assez vif.

Au IIe siècle ap., Dion Chrysostome interpelle les Alexandrins (Discours 32, au peuple d’Alexandrie, § 72-73) à propos de leurs démonstrations débordantes ·

ἀλλ´ ὅταν εἰς τὸ στάδιον ἔλθητε, τίς ἂν εἰπεῖν δύναιτο τὰς ἐκεῖ κραυγὰς καὶ θόρυβον καὶ ἀγωνίαν καὶ σχημάτων μεταβολὰς καὶ χρωμάτων καὶ βλασφημίας οἵας καὶ ὅσας ἀφίετε; εἰ γὰρ μὴ τοὺς ἵππους ἑωρᾶτε ἁμιλλωμένους καὶ τούτους συνήθεις, αὐτοὶ δ´ ὑπὸ μαστίγων ἠλαύνεσθε τῶν ἐν ταῖς τραγῳδίαις, οὐκ ἂν οὕτως χαλεπῶς διέκεισθε.

"Mais quand vous pénétrez dans le stade, qui pourrait décrire les cris que vous y poussez, votre trouble, vos affres, vos contorsions et changements de couleur, la foule de vos jurons épouvantables ? Car si ce n’étaient pas des chevaux en compétition (et qui y sont habitués) que vous regardiez, mais que c’est vous-mêmes qui étiez pourchassés par les douleurs cinglantes des tragédies, vous ne vous sentiriez pas aussi mal."

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Quelques idées d'aujourd'hui sur les jeux d'hier : vrai ou faux ?

Le faux du faux

Vu dans Voyages d'affaires, n° 102, avril-mai 2007, p. 92

Programme proposé par la société Pam Tours en octobre 2006 ; pour ce programme, les participants ont droit à la manifestation suivante, lors de leur séjour à Athènes :

(...) Transfert vers l'ancien stade olympique panathénien. Visite du site et reconstitution de l'arrivée du Marathonien. Un homme en toge arrive en courant et s'écrie : « Les Grecs ont perdu la guerre et ils sont tous morts », avant de s'effondrer lui-même. (...)

Ce programme est un bel amalgame d'approximations mêlées à une imagination débordante de fantaisie. Ce pourrait être un bon test pour la culture générale d'un apprenti philhellène.

L'ancien stade olympique panathénien : on dit stade « panathénaïque » et non panathénien ; ce stade panathénaïque, fut construit au IVe siècle av. JC et restauré au IIe ap. non comme stade olympique, mais pour la fête des Panathénées. Il ne devint stade olympique qu'en 1896, pour les premiers jeux modernes d'Athènes.

L'arrivée du Marathonien : on dit le coureur de Marathon, c'est-à-dire l'envoyé venu apporter à Athènes le résultat de la bataille de Marathon, en 490 av. JC (l'épisode est probablement légendaire) ; un marathonien est un athlète qui court le marathon, épreuve olympique moderne, qui n'exista jamais dans les jeux antiques. Le coureur de Marathon serait de toute façon arrivé non sur le stade (qui n'existait pas à l'époque) mais sur l'agora d'Athènes.

Un homme en toge : la toge n'est pas un vêtement grec, mais romain ; il s'agit de plus d'un vêtement d'apparat, lourd et encombrant, que l'on porte en des occasions solennelles, mais sûrement pas pour faire du sport ou la guerre (les Romains ne sont pas fous à ce point-là).

« Les Grecs ont perdu la guerre » : les historiens s'accordent à dire que la bataille de Marathon n'a pas été perdue par les Grecs, mais gagnée, et plutôt par les Athéniens que pas l'ensemble des Grecs.

Avant de s'effondrer lui-même : effectivement, il y a de quoi être effondré.

Les anneaux olympiques sont-ils antiques ?

Faux. Le logo a été créé par Pierre de Coubertin en 1914, pour évoquer les cinq sessions des jeux modernes qui s'étaient déjà déroulées, et avec l'intention d'ajouter un anneau de plus par olympiade. Mais les jeux n'eurent pas lieu durant la première Guerre mondiale et Coubertin changea la signification des anneaux, qui représentaient désormais les cinq continents.

En 1936, Carl Diem qui présidait l'organisation des jeux de Berlin, imagina  le relais de la flamme olympique qu'il fit passer à Delphes. Pour la cérémonie, une scène eut lieu dans le stade de Delphes et on y fit figurer une  stèle sur laquelle les 5 anneaux étaient gravés. Les jeux de Berlin eurent lieu dans le contexte que l'on sait, le nazisme s'effondra... et la stèle resta à Delphes. En 1963, Lynn et Gray Poole, dans leur ouvrage The Ancient Olympic Games (Londres : Vision Press), publient une photo de la stèle à la page 119 avec la légende suivante : «Autel dans le stade de Delphes avec les cinq anneaux, indiquant la période de cinq ans qui sépare les Jeux Les cinq anneaux sont devenus le symbole officiel des Jeux Olympiques de l’ère moderne.»

L'erreur des Poole s'est répétée et amplifiée dans d'autres publications. John V. Grombach, dans The Official 1980 Olympic Guide, (New York, Times Books, 1980, p. 280) écrit : «... les quatre ou cinq anneaux olympiques s’entrecroisant sur des plaques de marbre et sur des portes ont été découverts à Olympie et remontent à 500 av J.C. » Et de prétendre que les « experts » considèrent la stèle comme vieille de 3000 ans ; ainsi naissent les légendes.

Qu'est devenue la stèle ? En 1972, pour des cérémonies préparatoires aux jeux de Munich, elle fut déplacée vers la fontaine Castalie. Elle se trouverait actuellement près de l'agora romaine, sur le site du sanctuaire.

 Pour en savoir plus :

www.la84foundation.org/OlympicInformationCenter/OlympicReview/1992/ore301/ORE301p.pdf

La coutume de la flamme olympique a-t-elle une origine antique ?

Non. Les Jeux Olympiques commençaient par une prestation de serment devant l’autel de Zeus, auquel étaient consacrés les Jeux. Une course aux flambeaux (lampadédromie) existait dans certaines compétitions du monde grec (les Panathénées, par exemple), mais rien de tel à Olympie.

La tradition de la cérémonie de l’allumage d’une flamme « sacrée » à Olympie et relayée jusqu’à la ville où se tiennent les jeux remonte aux jeux de Berlin en 1936, histoire de donner de l’éclat à la compétition, et n’a rien de religieux, ni d’antique. Elle traduit plutôt une vision datée de l’antiquité, écho du temps où l’on interprétait tout mythe comme un culte solaire. Ainsi l’allumage de la flamme par l’action du soleil renverrait au culte d’Apollon (qui n’a rien à voir avec les J.O.) plutôt que celui de Zeus. Il faudrait plutôt compter sur une torche allumée par la foudre, mais ce serait nettement plus aléatoire… Le fait de procéder à cette cérémonie devant les vestiges du temple d’Héra est-il une réparation envers la gente féminine exclue des Jeux Olympiques antiques ou une ironie du sort ? Pour brouiller encore les symboles, les Grecs pratiquent la cérémonie le 25 mars, jour de la fête nationale grecque (qui célèbre le début de la guerre d’indépendance, et est placée le jour de l’Annonciation).

Le 25 mars 2008, des manifestants pro-tibétains et des journalistes ont été arrêtés à Olympie et accusés d’atteinte « à des symboles sacrés ». Si on doit considérée une invention nazie accompagnée d’un attirail kitschissime comme sacrée, on se fait une bien piètre idée du sacré.

 

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Première mise en ligne : août 2008