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Alexandre le Grand, mythe et réalité

buste d'Alexandre, musée d'Alexandrie

Les ressources

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Mystères et solutions

| Le siège de Tyr : la nature au secours d'Alexandre | la tête penchée d'Alexandre | le cheval Bucéphale | hypothèses sur la mort d'Alexandre |

Alexandre au cinéma

Les ressources

Les livres : parutions récentes

Historiens d’Alexandre, textes traduits et commentés par Janick Auberger,  éd. Belles-Lettres, coll. fragments, Paris, 2005 ; une anthologie bilingue.

Quinte-Curce, Histoire d'Alexandre, traduction nouvelle d'Annette Flobert, éd folio classique, 2007

Pierre Briant, Alexandre le Grand, éd. PUF, coll. Que sais-je ? (réédition 2005)

Pierre Briant, Alexandre le Grand, de la Grèce à l'Inde, éd. Gallimard, coll. Découvertes n° 27 (édition revue et augmentée en 2005).

La véritable histoire d'Alexandre le Grand, textes réunis et commentés par Jean Malye, éd. Les Belles Lettres, Paris, 2004, "pour que chacun se fasse son propre film" à propos du conquérant.

Alexandre le Grand, Histoire et Dictionnaire, sous la direction d'O. Battistini et P. Charvet, éd. Laffont, coll. Bouquins, Paris, 2004 : un ouvrage indispensable.

Georges le Rider, Alexandre le Grand - monnaies, finance et politique, PUF 2003 ; plus d'informations.

Alexandre sur Internet

Un dossier très riche, des textes, et de nombreux liens sur le site québécois de l'Encyclopédie de l'Agora.

L'ENS diffuse une conférence de Frantz Grenet : sur les pas d'Alexandre en Asie Centrale : "En Afghanistan, en Ouzbékistan, l’archéologie révèle combien l’apport de l’hellénisme, qu’Alexandre a fait pénétrer dans ces régions lointaines, a imprégné en profondeur les civilisations qui se sont succédé, bien après la disparition de toute présence grecque en ces lieux."

Un dossier en français sur herodote.net : www.herodote.net/histoire/synthese.php?ID=185&ID_dossier=176

Un site en anglais dédié à Alexandre : www.pothos.org/

L'Histoire, n° 303, novembre 2005

P. Chuvin : Alexandre et le trésor volé d'Afghanistan (l'image d'Alexandre, les pillards d'aujourd'hui, et une enquête digne d'un roman policier...)

Textes antiques sur Internet (site www.remacle.org)

Plutarque en grec  (site de l'UCL)

Texte en français

Quinte-Curce en français

Arrien en français

Justin en français

Diodore, livre XVII, bilingue grec-français

Athénée, bilingue grec-français

Mystères et solutions

Le siège de Tyr : la nature au secours d'Alexandre

En 332 av. JC, Alexandre souhaite soumettre les cités phéniciennes, dont Tyr pour se rendre en Égypte en toute sécurité. Mais les Tyriens refusent de prêter allégeance, confiants dans les remparts qui protègent leur île : à l'époque en effet, Tyr est une île située à environ un kilomètre du rivage. Mais Alexandre est décidé à employer les grands moyens, et fait construire une digue pour relier l'île au rivage ; après un siège de sept mois (février-août 332 av.) au cours duquel de nombreuses machines de guerre sont utilisées de part et d'autre, Tyr capitule.

L'exploit consistant à construire une digue dans des conditions techniques difficiles et malgré les attaques de l'ennemi a été célébré dans l'Antiquité :

Tyr, en effet, est séparée du continent par un détroit de quatre stades, exposé surtout au souffle de l'Africus, qui fait rouler sur le rivage les flots amoncelés de la haute mer. Nul obstacle, plus que ce vent, n'était fait pour contrarier les ouvrages par lesquels les Macédoniens se préparaient à joindre l'île au continent : car à peine une jetée peut-elle se construire dans une mer tranquille et unie ; mais, quand les vagues sont soulevées par l'Africus, leur choc va renverser les premiers matériaux entassés; et il n'est point de digue si solide que ne minent les eaux; en se faisant jour à travers les jointures, et en se répandant par-dessus tout l'ouvrage, si le vent souffle avec plus de violence. (…)

(…) On avait sous la main un amas considérable de pierres, fourni par l'ancienne Tyr; le bois nécessaire pour construire les radeaux et les tours était apporté du mont Liban. Déjà l'ouvrage s'élevait du fond de la mer à une certaine hauteur, sans cependant se trouver encore à fleur d'eau, et, à mesure que la chaussée s'éloignait du rivage, la mer, devenant plus profonde, absorbait en plus grande quantité les matériaux que l'on y jetait.

(Extrait de Quinte-Curce, IV, II ; voir aussi Plutarque, Vie d'Alexandre, XXIV, 4 et Diodore de Sicile, XVII, 40)

Pour les historiens modernes, la façon dont la construction de la digue avait pu être menée à bien restait un mystère, d'autant plus que la profondeur des eaux était estimée à 5 à 6 m. Mais une étude récente, menée par Christophe Morhange du CEREGE et son équipe, montre que les conditions naturelles étaient plus favorables qu'on ne l'avait cru jusque-là. Une langue de sable existait déjà il y a 8000 ans, l'île protégeant la zone des courants marins et permettant l'accumulation de sédiments. Au-dessus de cette langue de sable, qui séparait déjà l'espace en deux baies différentes, la profondeur de l'eau était au maximum de 2 mètres, ce qui rend plus vraisemblable la construction d'une digue en quelques mois.

En réalité, selon les chercheurs, les littoraux ne cessent de se modifier, et la nature serait arrivée au même résultat que le Conquérant au bout de deux millénaires, s'il n'y avait pas eu d'intervention humaine. Quant aux ingénieurs macédoniens, ils mettront également à profit leur expérience à Alexandrie.

Les recherches ont été publiées dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences

Voir aussi en langue française l'article du Figaro (où l'on appelle malheureusement de façon erronée Alexandre "l'empereur")

La tête penchée d’Alexandre

Plutarque mentionne le phénomène, et plusieurs statues antiques, à la suite du sculpteur Lysippe, montrent une inclinaison plus ou moins accentuée. Coquetterie, signe d’élégance, ou exagération de Lysippe ? Rien de tout cela, mais une pathologie, si l’on en croit les médecins modernes qui ont étudié le buste conservé au Louvre, et les statuettes en ivoire retrouvées en 1977 à Vergina. Alexandre avait la tête inclinée à droite, et le cou en avant, avec un raccourcissement du muscle sterno-cléido-mastoïdien ; qui plus est, son œil droit était plus bas que le gauche. La source du problème pourrait être un torticolis musculaire, provoqué soit par un choc violent, soit par un trouble oculaire (strabisme vertical ou paralysie des muscles oculaires) d’origine héréditaire puisqu’on retrouve semble-t-il cette pathologie sur les statuettes de personnages apparentés à Alexandre.

Pour la Science n° 342, avril 2006

L. Mangin : La tête penchée d’Alexandre

Le cheval Bucéphale

La monture d'Alexandre est devenue elle aussi une figure héroïque. Selon Plutarque, Alexandre, âgé de 14 ans, fut le seul à dompter cet animal coûteux mais intraitable, ayant compris qu'il avait surtout peur de son ombre et qu'il fallait le faire aller en direction du soleil (Vie d'Alexandre, VI). Ensuite le cheval accompagne Alexandre dans son expédition en Asie, et son maître prend soin de lui bien qu'il soit âgé : à la bataille de Gaugamèles, après avoir supervisé les préparatifs monté sur un autre cheval, il enfourche Bucéphale seulement au moment de l'attaque (ibid., XXXII, 12) ; plus tard, en Hyrcanie, le cheval est capturé par des Barbares et Alexandre le rachète à prix d'or (XLIV, 3-5) ; enfin, en 326, peu après la terrible bataille contre le roi Poros, le cheval meurt et Alexandre, cruellement affligé, fonde une ville qui portera le nom de Bucéphalie (LXI).

Il est clair qu'Alexandre attachait beaucoup d'importance à Bucéphale, c'est pourquoi sans doute la postérité a donné libre cours à son imagination, le faisant naître la même année qu'Alexandre, alors qu’il est strictement impossible que le cheval ait eu le même âge que son maître : il aurait déjà été vieillissant lors de leur première rencontre, et serait mort à trente ans ! Quant au nom du cheval, qui veut dire littéralement "tête de bœuf", il s’expliquerait parce que le cheval était un boukephalas, c'est-à-dire marqué d'une tête de bovin ; il s'agit d'une marque au fer rouge apposée dans le haras de Thessalie ou est né l'animal, et non comme on le disait traditionnellement parce qu’il portait une tâche de couleur.

L'Histoire, n° 287, mai 2004

Ch. Chaudezon : Un cheval nommé Bucéphale

La mort d'Alexandre : différentes hypothèses

A quoi est dû le décès d'Alexandre en mai 323 av. JC à Babylone ? D'après les récits antiques, en particulier la Vie d'Alexandre de Plutarque (LXXV-LXVII), il mourut après plusieurs jours d'une forte fièvre. Plusieurs explications sont proposées :

1) un empoisonnement (hypothèse déjà considérée comme fantaisiste dans l'antiquité) ;

2) le paludisme ;

3) la typhoïde. Cette dernière explication semblait admise, et renforcée par l'analyse de David Oldach (école de médecine de l'Université du Maryland) en 1998, fondée sur les symptômes relevés dans l'antiquité ;

4) des savants modernes ont aussi proposé qu’Alexandre, suite à une beuverie, aurait été soigné avec de l’ellébore qui, mal dosée, aurait conduit à un empoisonnement ; il s’agirait alors d’un accident médical.

5) Une atteinte du virus du Nil occidental, le VNO : en décembre 2003, dans la revue Emerging Infectious Deseases. John Marr (épidémiologiste au département de Santé de l'état de Virginie) et Charles Calisher (microbiologiste à l'Université du Colorado) croient reconnaître dans la dernière maladie d'Alexandre une manifestation du VNO, qui aurait entraîné une encéphalite mortelle. Ils s'appuient notamment sur l'information de Plutarque, selon lequel, en arrivant à Babylone, Alexandre vit des corbeaux se battre et tomber à ses pieds (LXXIII, 2) ; or les récentes observations sur le VNO montrent que la maladie commence par atteindre les oiseaux. Qu'est-ce que le VNO ? Il s'agit d'une maladie infectieuse qui se transmet des animaux (les oiseaux sauvages notamment) à l'homme par le biais des piqûres de moustiques. Elle provoque des difficultés respiratoires, de la fièvre, un désordre hépatique, et touche surtout les personnes affaiblies et âgées. La maladie a été identifiée pour la première fois en Ouganda en 1937. Elle se manifeste de façon récurrente au Proche-Orient (par exemple en Israël) en été. Le virus est par ailleurs apparu à New York en 1999, c'est pourquoi il a attiré l'attention des scientifiques américains. La maladie sévissait-elle déjà en Mésopotamie au IVe siècle av. JC ? Le numéro de juillet de Emerging Infectious deseases aborde les suites du débat, et donne la parole à ceux qui contestent l'hypothèse du VNO : Alexandre est mort en mai, alors que le virus sévit plutôt en juillet, et Alexandre n'était ni âgé, ni particulièrement affaibli ; de plus la chute d'oiseaux morts devant lui (premier signe de l'apparition du virus à New York) n'est qu'une parmi les multiples apparitions de ce genre de présage dans l'œuvre de Plutarque.

Le problème est que les auteurs antiques ne donnent pas un tableau clinique précis des symptômes dont a souffert Alexandre, et que leurs indications sont difficiles à interpréter, si bien qu'elles ne conviennent totalement ni à ce que l'on sait du VNO, ni à ce que l'on sait de la typhoïde.

Alexandre au cinéma

Il existe un film tourné par Robert Rossen en 1956, Alexander the Great, avec Richard Burton dans le rôle titre, Danielle Darrieux en Olympias, Fredric Marsh incarnant Philippe.

Le film d’Oliver Stone, Alexandre, est sorti en France en 2005. Aux États-Unis, il n'a pas été le succès commercial attendu, mais il a été mieux accueilli dans la "vieille Europe", y compris en Grèce. C'est en Grèce aussi que la polémique s'est déchaînée avec le plus de virulence à propos d'un aspect somme toute anecdotique, les relations homosexuelles du conquérant. Choqués par l'image donnée d'une figure historique emblématique, des avocats grecs avaient même entrepris une procédure pour faire interdire le film, ou faire au moins figurer un avis indiquant qu'il s'agissait d'une fiction à partir de la vie d'Alexandre. Ils ont finalement renoncé, pour ne pas ajouter un surcroît de publicité au film. Par ailleurs, la réédition du "Découverte Gallimard" de Pierre Briant comporte en supplément des documents concernant des tentatives de groupes de pression pour qu'Oliver Stone donne un caractère slave ou au contraire grec à Alexandre. Le réalisateur ne s'est d'ailleurs soucié ni des uns, ni des autres, et a confié le rôle titre à un acteur irlandais aux cheveux peroxydés pour l’occasion. Voir le compte-rendu du film.

On annonçait aussi un film de Baz Luhrman avec Leonardo Di Caprio et Nicole Kidman, projet qui semble n’avoir pas résisté à celui d’Oliver Stone…