La découverte en 2005 sur les plages de Nissi et Aspros à l’est de l’île de fragments de silex venus de Syrie ou Turquie au Xe millénaire av suggère une pratique de la navigation en Méditerranée sur de longues distances bien plus ancienne qu'on ne l'imaginait jusque-là. Il devait s'agir d'occupations temporaires ou d'escales, non d'une installation définitive sur l'île.
Mais les découvertes américano-chypriotes annoncées en juillet 2007 bouleversent encore les données : il y aurait eu des groupes organisés de marins venant régulièrement à Chypre dès 12000 av. Les premières traces de sédentarisation à l'intérieur des terres remontent à environ 10000 av. Les recherches sont menées par Pavlos Flourentzos (département chypriote des antiquités) et Albert Ammerman (Colgate University d'Hamilton, dans l'Etat de New York).
Le chat n'existe pas à l'état sauvage à Chypre, mais des restes trouvés dans les sites néolithiques montrent que l'animal a été introduit par l'homme sur l'île et vivait dans son entourage. A Shillourokambos on a même trouvé en 2004 ce qui semble être la première domestication connue du chat au VIIIème millénaire : s’il est vrai que l’on constate que des chats étaient consommés par les habitants, on a aussi découvert que l’un d’eux a été enterré dans une fosse située à quelques centimètres de celle son maître. Jusqu’à présent, on considérait que le chat avait été domestiqué au IIe millénaire en Égypte, et la découverte de Shillourokambos bouleverse donc la chronologie. Cet intérêt pour le chat s’expliquerait par la nécessité de se défendre contre la prolifération des souris, très présentes aussi sur le site…
A consulter :
La Recherche, n° 378, septembre 2004
Jean Guilaine et Jean-Denis Vigne, Le chat, l'homme et la souris.
L'étude de la mission française à Shillourokambos sur le site de l'ambassade de France à Chypre.
Les fouilles françaises à Khirokitia : site de l'ambassade de France à Chypre.
site du Ministère des Affaires Etrangères.
Plusieurs découvertes en 2005 dans la région de Limassol, sur le site de Pyrgos-Mavroraki, amènent à reconsidérer les connaissances sur l’âge du bronze : le site fut détruit vers 1850 par un séisme. Un grand complexe artisanal, daté de la période 2350-1850 av., s’étendant sur une surface de 4000 m² a été dégagé. On y faisait du vin, mais il y avait aussi des pressoirs à olives. L’huile d’olive a servi apparemment d’une part à alimenter comme combustible, à la place du bois que l’on attendait, un atelier de métallurgie du cuivre voisin. Mais surtout, l’huile d’olive était utilisée pour la fabrication de parfums. L’huile, placée dans des jarres enfoncées dans le sol, d’une contenance atteignant 500 litres, était parfumée grâce à des essences qui ont été identifiées car elles ont laissé des traces dans l’argile des contenants : anis, bergamote, cannelle, myrte, laurier… en faisaient partie. On remarque la multiplicité des activités du site : vinification, métallurgie du cuivre, fabrication de parfums, de textiles teints en pourpre et indigo… et sur une taille très importante, qui suppose un marché important, en particulier pour les parfums, dont on pense qu’ils étaient exportés hors de l’île. Les fouilles sont menées par une équipe italienne dirigée par Maria-Rosaria Belgiorno.
En savoir plus (site de la mission archéologique,en anglais).
Ce site situé près de l'ancienne Paphos est connu comme centre cultuel et comme l'un des premiers cimetières organisés de l'île (vers 3000 av.) Les fouilles récentes ont fait aussi apparaître des habitations du chalcolithique construites sur des une colline aménagée en terrasses artificielles. Les habitants semblent s'être spécialisés dans la fabrication de figurines cruciformes dans plusieurs ateliers différents. Les recherches de 2007 ont permis de découvrir les tombes des enfants dans un secteur précis au sommet de la colline, à l'écart du reste du cimetière.
Plus d'informations sur le site (en anglais) : www.arcl.ed.ac.uk/arch/field/cyprus2004/report.html
www.arcl.ed.ac.uk/arch/lemba/homepage.html
www.cyprusembassy.net/home/index.php?module=articles&id=4020
Arediou-Vouppes : www.lamp.ac.uk/archanth/staff/louise/arediou-vouppes.htm
La campagne de fouilles de 2005 a permis de trouver des fragments d'amphores rhodiennes avec inscriptions, des fragments de fresques murales, des monnaies romaines et byzantines, et une inscription mentionnant l'empereur Théodose. En 2006, on a trouvé une inscription grecque datant de l'époque de la domination ptolémaïque, et concernant la répartition des terres.
Les fouilles françaises à Amathonte : site de l'ambassade France à Chypre ; site du Ministère des Affaires Etrangères.
A la recherche des rois de Paphos
Les fouilles, menées par l'Université de Chypre, sur le plateau de Palaepaphos-Marchello, ont fait apparaître en 2007 des fortifications du début de l'âge du Fer ; il y avait avant cette période des tombes à chambre datant de la fin de l'âge du Bronze (découvertes en 2006 et 2007), mais le site perdit sa fonction de nécropole au cours du XIe av (comme partout à Chypre à cette époque, on sépara nettement à cette époque les nécropoles et les habitats). Le site fortifié fut en usage de l'époque géométrique à la fin de l'époque classique. Il est tentant de voir dans ce site, géographiquement en position dominante, et où l'on a trouvé depuis les années 1950 des inscriptions et statues se référant aux rois de Paphos, la citadelle royale de Paphos. La confirmation, ou non, de cette hypothèse fera l'objet des fouilles à venir.
Lors de travaux près de Kouklia, sur le site de la nécropole antique de Paphos, on a trouvé en mars 2006 un sarcophage en pierre blanche peint de scènes de la vie d'Ulysse : une scène de combats devant Troie, une scène avec le Cyclope. Les couleurs utilisées (bleu, vert, rouge) sont bien conservées. Daté vers 500 av, ce sarcophage, peut-être celui d'un guerrier, atteste l'influence grecque et la popularité des poèmes homériques à Chypre. C'est le troisième sarcophage peint découvert sur l'île, les deux autres, trouvés au XIXe siècle, étant en moins bon état.
Geronisos : ce petit îlot situé au large de Paphos a connu une activité importante au Ier siècle av. JC. On pense qu'il s'agissait d'un lieu de culte à Apollon, qui recevait beaucoup de visiteurs, c'est pourquoi divers édifices ont été construits pour les accueillir. Des fouilles en 2006 ont montré l'existence d'un bâtiment comportant plusieurs salles de banquets et un important mobilier pour la cuisine et les repas. Par ailleurs, le site semble avoir été détruit par un séisme, probablement celui de 17 av. JC qui affecta également Paphos, juste au moment où l'on se préparait à construire ou reconstruire un bâtiment. Plus d'informations sur le site de l'ambassade de Chypre à Washington.
Octobre 2006 : on annonce la découverte d'un lot de 120 ancres, certaines remontant à l'âge du Bronze (période 1650-1200 av) dans les eaux au large de Paphos, à hauteur de Kouklia. Cet ensemble atteste la grande fréquentation du sanctuaire d'Aphrodite à Paphos durant toute l'Antiquité.
Les fouilles australiennes du théâtre de Paphos : voir le site (en anglais).
Les fouilles françaises à Kition et Salamine : site de l'ambassade de France à Chypre.
Pyla-Koutsopetria : voir le site (en anglais) du Pyla-Kousopetria Archaological Project.
Des travaux réalisés en 2006 dans la vieille ville de Paphos ont permis la découverte d'un hamam dans lequel se trouvait un trésor de 300 à 400 pièces vénitiennes en cuivre. Chypre a été occupée par les Vénitiens de 1489 à 1571. Cela permettrait de dater le bain des premières années de l'occupation ottomane, quand il n'y avait pas encore de circulation monétaire ottomane sur l'île, ou bien le bain a été construit dès l'époque vénitienne.
Des travaux en 2006 ont fait apparaître dans la vieille ville de Nicosie les plus anciens bains ottomans de l'île : ils sont datés du XVIe siècle.
Archéologia, n° 423, juin 2005
L'article de Joanne Farchakh-Bajjaly, "Nord de Chypre : black-out sur le patrimoine" fait le point sur l'état désastreux du patrimoine archéologique dans la partie occupée de Chypre.
A ce bilan on doit ajouter la destruction en septembre 2005 du site néolithique de Kastros, dans la péninsule de Karpas, pour permettre la construction d'une route militaire. Les bulldozers auraient entièrement détruit le site et jeté les débris à la mer. Le site,vieux de 8000 ans, d'une importance égale à celui de Khirokitia, avait été fouillé par l'équipe de l'archéologue français Alain Le Brun.
On annonce en octobre 2006 la découverte d'une tombe royale datée vers 800 av dans le secteur de l'antique Salamine de Chypre.
V. Larousse : "Chypre, sur les traces du christianisme".