Fondation des cités de Cyrénaïque
Les basiliques paléochrétiennes
Constituée par les plateaux successifs du Djebel Akhdar, la Montagne Verte (point culminant à 868 m, la Cyrénaïque est la première région agricole de la Libye, et celle qui jouit du climat le plus doux. Les reliefs en gradins permettaient dans l’antiquité des récoltes de céréales à trois époques différentes de l’année, s’étalant sur une période de 8 mois.
Selon la tradition, Cyrène a été fondée en 631 av. JC par des Grecs venus de Théra (la plus méridionale des Cyclades), chassés par la famine et arrivés là (non sans hésitations), avec leur roi Battos, sur l’ordre exprès de l’oracle de Delphes. Le site était bien choisi : le climat méditerranéen rendait le sol fertile, la ville elle-même fut fondée sur un plateau dominant un vaste panorama, l’eau est présente, élément rare et précieux en Libye, les populations locales étaient prêtes aux échanges commerciaux avec les nouveaux arrivants. De plus Cyrène exploita une richesse naturelle qui fit sa célébrité, la plante appelée silphium, connue pour ses vertus médicinales et gustatives ; cette plante semble avoir aujourd’hui disparu. Elle était déjà signalée comme rarissime sous le règne de Néron. Une coupe célèbre, conservée dans les collections de la Bibliothèque Nationale, montre le roi Arcésilas II supervisant la pesée du silphium. Voir la coupe sur le site de l'ENS, archéologies en chantier.
La cité se développa autour du culte d’Apollon (l’initiateur de sa fondation, via l’oracle de Delphes) tout près de la source de la nymphe Cyrène, éponyme de la cité. Un abri naturel sur la côte servira de port.
Peu après, en 625, les Grecs de Cyrène aménagent un port à Taucheira (aujourd’hui Tokrah)
En 560, refusant l’autorité du roi de Cyrène, des aristocrates viennent fonder une nouvelle cité à l’ouest sur le plateau, du nom de Barca (aujourd’hui Al Marj) ; cette cité se dote d’un port. Si Barca va vite devenir une cité secondaire, son port se développera et accédera à l’autonomie en prenant le nom de Ptolémaïs au début du IIIe siècle av. Barca ne retrouvera un rôle important qu’après la conquête arabe.
Vers 525 fut fondée à l’ouest sur la côte une colonie, Euhespérides. Abandonnée en 245 av car sa lagune s’était asséchée, elle est remplacée par Bérénikè (nom de l’épouse de Ptolémée III). A l’époque arabe, cette cité s’appelle Barniq, et Bingazi (Benghazi) depuis l’époque ottomane. L’occupation italienne puis le boom pétrolier ont fait de ce port la deuxième ville de la Libye contemporaine.
Au IIe siècle av., le port de Cyrène, autour duquel un village s’est développé au cours des siècles, devient une cité autonome sous le nom d’Apollonia. Elle s’appelle de nos jours Sousa.
Cyrène, Apollonia, Bérénikè, Taucheira et Ptolémaïs constitueront en 300 ap. JC la « Pentapole » (ensemble de cinq cités).
Cyrène fut gouvernée jusqu’au milieu du Ve siècle par la dynastie des Battiades, descendants du fondateur. Très vite elle connut la prospérité, grâce notamment au commerce du silphium, une plante très rare aux vertus multiples, et étendit son influence sur toute la région en fondant d’autres colonies. Mais très vite aussi le pouvoir des rois fut contesté, tant par des pressions extérieures (protectorat perse à partir de 514 av JC et jusqu’en 480) que par des opposants politiques qui finirent par renverser la monarchie et établir une république.
Durant la période républicaine (de 440 à la fin de l’époque classique), Cyrène est prise dans un réseau d’alliances et de rivalités avec les autres cités grecques de Cyrénaïque. Elle doit aussi se protéger des incursions des tribus libyennes, et accepter la domination punique sur la Tripolitaine. Cela n’empêche pas Cyrène d’être un phare de l’hellénisme, avec des constructions somptueuses et une vie intellectuelle déjà très brillante.
La fondation d’Alexandrie en 331 change l’équilibre des forces en Afrique du Nord. Bien vite, la région sera sous l’autorité de Ptolémée Ier. Après une période de relative autonomie sous le gouvernorat de Magas (mort en 250), gendre de Ptolémée Ier, elle est sous la dépendance d’Alexandrie. Elle connaîtra une forme d’autonomie quand elle sera dirigée par le futur Ptolémée VII, avant qu’il ne monte sur le trône d’Égypte. A sa mort en 116 av., Ptolémée VII lègue la Cyrénaïque à son fils illégitime Ptolémée Apion, qui la lègue à son tour à Rome à sa mort en 96 av. JC.
Après la victoire définitive d’Actium et la conquête de l’Égypte, Auguste réorganise ce qui est désormais l’empire romain, et Cyrène devient la capitale de la province de Crète et Cyrénaïque.
En 115-117 ap. la révolte juive des Zélotes conduit à la destruction de nombreux bâtiments en Cyrénaïque, en particulier à Cyrène même. L’empereur Hadrien et ses successeurs financent généreusement la reconstruction.
En 300, la réforme de Dioclétien divise la Cyrénaïque : à l’est est créée la province de Libye inférieure, à l’ouest la Libye supérieure ou Pentapole. La capitale n’est plus Cyrène, ce sera Ptolemaïs puis Apollonia à partir de 450. Lors de la partition de l’empire romain, la Cyrénaïque sera rattachée à l’empire d’orient.
La période 533-643 est marquée par la domination byzantine, sensible dans toute la région, qui permettra un remarquable épanouissement architectural.
Cyrène : voir la page spéciale
Si Béréniké ne fournit que peu de vestiges, ceux-ci sont plus abondants à Ptolémaïs, surtout à l’époque où la cité est la capitale de la Pentapole. Des habitations luxueuses y sont construites ou réaménagées, telles la grande villa des « quatre saisons » du nom de la mosaïque qui la décore, ou l’immense complexe surnommé « palais des colonnes », sans doute une demeure princière et un centre de gouvernement, qui perdura de l’époque hellénistique à l’époque byzantine. Des époques antérieures, on remarquera un imposant mausolée. Le théâtre fut modifié au IVe siècle ap. JC pour qu’on puisse y donner des naumachies. Dans la rue principale, dite « rue des monuments » une belle fontaine, aujourd’hui au musée, ornée du frise de ménades inspirée par un modèle du Ve siècle av.
Taucheira, actuellement Tokra, possède une nécropole rupestre, comme beaucoup de cités de Cyrénaïque et de l’Égypte hellénistique ; outre des remparts importants, on y remarque les vestiges d’un vaste gymnase avec de multiples inscriptions évoquant les activités athlétiques.
Apollonia, le port de Cyrène, connut au fil des siècles des constructions de plus en plus importantes, souvent effacées par les aménagements de l’époque byzantine. La résidence du gouverneur, le palais du « dux », domine le site. De l’époque hellénistique subsiste un théâtre dont les gradins sont taillés dans la roche. Quant au port, il est en grande partie englouti, le rivage s’étant effondré d’environ 5 mètres depuis l’antiquité (donc le théâtre, par exemple, était plus éloigné du rivage qu’il ne l’est actuellement). On estime qu'environ le tiers de la ville antique est désormais sous les eaux. Les fouilles sous-marines ont révélé l’existence au IIe av de deux bassins reliés par des canaux, de multiples cales sèches, d’une épave abandonnée dans la rade extérieure (qui servait peut-être de "cimetière" à bateaux). La partie encore émergée du port permet de voir la grève aplanie sur laquelle donnent des entrepôts aménagés à l’époque romaine. Un mur construit au IIe s av protégeait la ville d'agressions venues de la mer, et des rébellions internes à la région. Les fouilles ne sont pas complètes : la nécropole s'étendait probablement sous l'hôtel moderne situé à proximité de l'entrée ouest du site.
A la fin du IVe siècle, à cause notamment du séisme majeur de 365, les cités gréco-romaines de Libye sont affaiblies et subissent de multiples attaques de la part des tribus nomades. Au VIe siècle, l’autorité de l’empire byzantin est pleinement rétablie, notamment sous Justinien.
Le christianisme, apparu dès le Ier siècle en Cyrénaïque, connaît un large développement dès le IVe siècle. Les églises se multiplient aux Ve et VIe siècles, réutilisant souvent des bâtiments du paganisme, en particulier les basiliques. Les basiliques, dans l’architecture romaine, sont de vastes édifices à usage civil (judiciaire ou commercial), divisées sur leur longueur par deux colonnades. Ce plan, dit basilical à trois nefs, va s’imposer également pour les premières églises chrétiennes nouvellement construites. Elles vont être ornées de superbes mosaïques. Le marbre entre également en compte dans la décoration pour la porte ou le ciborium.
En Cyrénaïque, on trouve des basiliques chrétiennes non seulement dans les sites urbains, comme Apollonia, qui en possédait trois, ou Ptolémaïs, mais aussi dans les zones rurales (Al Athrun, Qsar Libya). En effet, les tribus nomades libyennes se sont progressivement fixées dans les villages.
Qsar Libya (dans l’antiquité Olbia, puis Theodorias, en l’honneur de l’impératrice) était le siège d’un évêché et fut pour cette raison dotée de deux églises. L’église occidentale, fondée en 539, possède les mosaïques les plus belles et les mieux conservées de la région : cinquante panneaux ont été parfaitement préservés (grâce à l’effondrement de l’église qui les a recouverts).