Fondation et histoire : voir la page Cyrénaïque.
Cyrène fut un foyer intellectuel et artistique du monde grec et hellénistique.
En 462, le dernier roi, Arcésilas IV est vainqueur à la course de chars aux jeux pythiques par l’intermédiaire de son beau-frère ; à l’occasion de cette victoire, Pindare écrit les IVe et Ve Pythiques, qui racontent la légende de la fondation de la cité.
Au IVe siècle, on y trouve une école de médecine, la plus importante après celle d’Hippocrate à Cos, et une école de mathématiques dirigée par Théodotos. Platon fit le voyage exprès pour le rencontrer. Un disciple de Socrate, Aristippe de Cyrène (400-365), fonda une nouvelle école philosophique, associant bonheur, plaisir et vertu.
Mais les deux plus célèbres enfants de Cyrène firent carrière surtout à Alexandrie au IIIe siècle av. JC : il s’agit du poète Callimaque (305-246) et d’Ératosthène (275-194), mathématicien, astronome, géographe, qui mesura la circonférence de la terre. Ajoutons le philosophe Carnéade (214-129), fondateur de l’école sceptique, et Synésios (370-413), né à Cyrène, évêque de Ptolémaïs au Ve siècle, dont la correspondance est un document précieux et plein de vivacité sur la région à son époque.
* Les numéros entre parenthèses renvoient au diaporama ci-dessous.
La ville fondée par les premiers colons grecs de la région s’étage sur les flancs de la Montagne Verte, sur plusieurs terrasses. L’Acropole, bien fortifiée, n’est encore que partiellement fouillée.
Sur la terrasse supérieure du site, on trouve des édifices publics et privés, par exemple :
Le Ptolémaion, immense gymnase (le portique mesure 85m par 96) offert à la cité au IIe av. par Ptolémée VIII puis transformé en forum par les Romains (1).
Un des nombreux hémicycles (2) de la cité : on a pu repérer au moins 5 d’entre eux à Cyrène, théâtres ou odéons, témoignant du goût des Cyrénéens pour les spectacles ; quelques uns de ces édifices ont pu aussi être des salles de réunion (bouleutérion).
La maison de Jason Magus, un notable de Cyrène (vainqueur aux jeux Olympiques de 189 ap. JC), très luxueuse par ses mosaïques et ses magnifiques pavements (3).
L’agora (4), sur laquelle se trouvait la tombe de Battos, le fondateur. On y rencontre de grands autels et un édifice circulaire, une tholos (5), qui était probablement consacrée au culte de Déméter et Coré.
En quittant la terrasse supérieure, on suit la rue de la Vallée (« voie sacrée ») qui descend vers la terrasse d’Apollon, bordée par des tombes rupestres puis des cavités creusées dans la roche et alimentées en eau, et servant ainsi de bains publics (6).
Le temple d’Apollon (7), du VIe siècle, a été restauré au IIe ap après les destructions dues à la révolte juive. On célébrait devant la fête d’Apollon Carnéios (épiclèse d’Apollon en pays doriens : cette fête existe à Sparte et à Théra, métropole de Cyrène). Tout près du temple, l’exèdre offerte par Pratomédès (8) au IIe av commémore l’arrivée des Grecs en Libye. A l’époque romaine, la terrasse du temple d’Apollon perdit son caractère exclusivement sacré. Trajan y fit aménager des thermes (9), qui furent restaurés ensuite par Hadrien.
Sur une colline opposée au reste du site se tient au nord le majestueux temple de Zeus (10), le plus grand temple grec d’Afrique (32 X 70 m), avec 8 colonnes en façade. Peut-être construit entre 500 et 480 av., il fut restauré au IIe ap et doté d’une immense statue de Zeus Olympien, copie de celle de Phidias à Olympie.
Le musée présente de nombreuses sculptures de l'époque archaïque à l'époque romaine.
|
4 agora (en bas à droite, probablement le tombeau de Battos) |
||||
|
|
||||
|
|
Au sud de l'enceinte de la ville le sanctuaire extra-urbain de Déméter, connu dans l'Antiquité par la grande fête des Thesmophories, a fait l'objet des fouilles les plus récentes de l'université italienne d'Urbino. Ces résultats ont été présentés au public par le professeur Mario Luni lors d'une conférence qui s'est tenue au musée du Louvre le 12 février 2007.
Une voie des processions conduisait depuis la ville à un propylée, placé au nord-est du sanctuaire. De là, on pénétrait sur une aire sacrée comportant un temple, un autel, des "oikoi", un théâtre. Le temple n'avait des colonnes (6 colonnes doriques) qu'en façade, mais comportait une colonnade intérieure à deux niveaux qui séparait la cella en trois nefs. Six éléments de cette colonnade intérieure ont déjà fait l'objet d'une anastylose. Le temple est daté vers 500 av., il a fait l'objet de restaurations à l'époque augustéenne. Les acrotères du fronton étaient des sphinx en marbre de Paros ; trois statues d'époque hellénistique (Déméter, Athéna...) ont été retrouvées in situ entre les colonnes du fond de la cella ; la nef méridionale a livré un dépôt d'époque hellénistique comportant des lampes et de la vaisselle utilisées lors de rituels nocturnes.
Au sud du sanctuaire de Déméter a été détecté un deuxième sanctuaire (avec propylée, autel, temple dorique comportant une mosaïque hellénistique), et un troisième sanctuaire vient également d'être repéré.
Les fouilles à Cyrène (site en anglais et en italien) : www.cyrenaica.org/