Les textes antiques, notamment la Géographie de Strabon, mentionnaient les villes de Canope et Héracléion, situées dans la rade d’Aboukir, mais elles avaient été englouties depuis environ le VIIIe siècle de notre ère, à la suite de multiples séismes, de la montée générale du niveau des eaux, et de l’instabilité du sous-sol. Des repérages ont eu lieu à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, mais c’est depuis 1996 qu’une exploration systématique (prospection géophysique et géologique à l’aide de technologies de pointe) menée par l’équipe de Franck Goddio a permis de cartographier avec exactitude les zones submergées de la zone appelée canopique (le Canope est le bras occidental du delta du Nil). Les cités voisines de Canope et Héracléion ont ainsi été retrouvées.
La présence grecque dans la région est assurée bien avant la fondation d’Alexandrie, grâce notamment à la fondation d’un comptoir à Naucratis au VIIe siècle av. Plusieurs traditions, qui remontent à l’Odyssée, mentionnent le passage de Ménélas et Hélène, au retour de la guerre de Troie dans une ville appelée Thonis, où mourut le pilote de Ménélas, Canobos, qui donna ainsi son nom au bras canopique du Nil. Les fouilles dans la région ont confirmé cette présence grecque.
Une stèle datée du règne de Nectanébo Ier (378-361 av) retrouvée au fond de la mer par l’équipe de F. Goddio, précise les conditions d’accès des navires grecs à l’embouchure canopique du Nil, et surtout, elle permet de prouver définitivement que Thônis et Héracléion ne sont qu’une seule et même ville ; Héracléion était célèbre par son sanctuaire dédié à Amon de Gereb (père de Khonsou que les Grecs identifièrent à Héraclès), dont les ruines submergées ont été identifiées à 6 km des côtes. On a repêché les statues colossales, hautes de 5 m, en granit rose qui en gardaient l’entrée (un roi Ptolémée et son épouse, et le dieu Hâpy, incarnation de la crue du Nil)
Canope se distinguait par son sanctuaire d’Osiris (que les Grecs assimilèrent plus tard à Dionysos), que l’on représenta à l’époque impériale sous forme d’un vase coiffé d’une tête humaine, d’où le nom de canope donné par les modernes aux récipients de même forme contenant les viscères des défunts trouvés dans les tombeaux égyptiens. Le deuxième sanctuaire en importance de Canope était celui de Sérapis, divinité syncrétique créée sous les Ptolémée et promise à un brillant avenir dans l’empire romain comme dieu guérisseur. Le sanctuaire de Canope était très populaire. Un canal reliait Alexandrie à Canope (à 26 km de distance) et la navigation d’un lieu à l’autre était, dit-on, l’occasion de fêtes et d’orgies variées. Les fouilles sous-marines de Canope ont permis de compléter un vestige dont des fragments avaient été trouvés dans les siècles passés : le "Naos des Décades", un édicule couvert de hiéroglyphes ; il s’agit en fait d’un calendrier astrologique divisant l’année en séries de 10 jours. Il date du règne de Nectanébo (début IVe av.)
N.B : les liens ci-dessus renvoient aux pages spécifiques du site www.franckgoddio.org qui rend compte, en anglais, des résultats des fouilles menées par F. Goddio.
Voir aussi :
Archéologia, n°439, décembre 2006
Dossier spécial sur l'Égypte ptolémaïque, à propos de l'exposition.
La page spéciale de Philalithia consacrée à Alexandrie.
Taposiris Magna et Plinthine sont implantées en Maréotide, région dont Strabon souligne l’importance économique pour Alexandrie. Situés à une quarantaine de km à l’ouest d’Alexandrie, ces deux sites lacustres de la rive nord du Maréotis, distants de 2,5 km, tournent le dos à la Méditerranée, dont les sépare une crête rocheuse appelée la taenia. Leur abandon sans réoccupation, à la fin de l’Antiquité (Taposiris) ou au début de l’époque impériale (Plinthine), a permis la préservation de leurs vestiges. Un hypogée intact du IIe av a été retrouvé en 2004 à Plinthine, ce qui permet le renouvellement de la connaissance des gestes et rites funéraires de la région.
Voir le site de la mission française des fouilles de Taposiris Magna.
Pour une présentation des bains hellénistiques souterrains de Taposiris, voir l'article de Th. Fournet et B. Redon, "Un édifice exceptionnel : les bains souterrains de Taposiris Magna", Archéologia, n° 439, décembre 2006.
un fragment de stèle trilingue d'époque ptolémaïque, a été découvert en 2004. En granit gris, la stèle comporte 67 lignes en grec, 24 lignes en démotique et de traces de hiéroglyphes. C’est un décret de Ptolémée III Évergète de 238 av. J.-C., qui mentionne une réforme du calendrier et l'importation de grain de Syrie, de Phénicie et de Chypre, en raison d’une famine. (cf. Archéologia n° 411, mai 2004)
Le Fayoum : les fouilles du Fayoum (site en anglais) ; un inventaire et des reproductions des portraits du Fayoum.