Le site de cette cité fut particulièrement bien choisi : elle était au débouché maritime d’une route caravanière apportant des produits du sud, au-delà du désert, se trouvait dans une région agricole fertile en céréales et oliviers, et bénéficiait de la présence d’un cours d’eau, l’oued Lebda.
Fondée par les Phéniciens peut-être au VIIe siècle av. JC, la cité devient ensuite punique. Son nom punique, Lbq sera ensuite transcrit par Lepcis ou Leptis. Ultérieurement, on l’appellera Lepcis Magna, la Grande, pour la distinguer d’une cité homonyme (Lepcis Minor) située actuellement en Tunisie. Après la destruction de Carthage en 146 av., Lepcis appartient au royaume de Numidie, tout en gardant une grande autonomie, puis elle devient l’alliée de Rome en 111 av. et s’affirme comme un grand centre d’échanges commerciaux. Ayant pris le parti de Pompée durant la guerre civile romaine, la cité perd son statut d’alliée et est assujettie au peuple romain, payant des impôts conséquents. Sous l’empire romain, c’est l'un des principaux ports de la province d'Afrique, expédiant vers la péninsule italienne du blé, de l'or, des bêtes sauvages et des esclaves.
Mais au IVe siècle, la cité décline progressivement. Le port, faute d’entretien, est ensablé ; le tremblement de terre de 365 est fatal à la cité de Septime Sévère, la zone habitée se réduit à modeste secteur autour de la basilique, transformée en église.
La redécouverte de la cité commence avec les fouilles entreprises par le consul français à Tripoli, Claude Lemaire, à la fin du XVIIe siècle (il essaiera d’expédier en France des colonnes antiques), mais ce sont les archéologues italiens à partir de 1920 qui vont réellement faire ressurgir la cité des sables.
Les numéros entre parenthèses renvoient au diaporama ci-dessous.
Le forum appelé actuellement l’ancien forum ;
Le marché punique : centre commercial d’abord construit en calcaire, réaménagé au IIIe siècle avec du marbre et du granit, constitué d’une place quadrangulaire sur laquelle se trouvent deux portiques octogonaux ; on y a trouvé une table de correspondance des mesures (7) : en haut la coudé punique [51,5 cm], dessous le pied gréco-romain [29,6 cm], la coudée égyptienne, c’est-à-dire ptolémaïque [52,5 cm] ; à remarquer aussi, la représentation en relief (6) sur un petit arc d’un bateau de commerce, à gauche, et d’un bateau de guerre à droite ;
Le théâtre (1), un des plus anciens théâtres romains en pierre, une offrande, comme le marché punique, d’un riche citoyen, Annobal Rufus.
L’amphithéâtre (12), qui pouvait recevoir 16 000 spectateurs ; on y donnait des combats de gladiateurs, notamment contre des animaux sauvages capturés en Afrique.
Le cirque, qui jouxte l’amphithéâtre. Il pouvait accueillir 25 000 spectateurs.
Les thermes offerts par l’empereur lui-même en 126 ap (agrandis ensuite grâce à Commode).
En 146 naît dans la cité même celui qui lui donnera aux IIe-IIIe siècles son visage le plus spectaculaire : Septime Sévère. La ville sous son règne est à son apogée. Il l'exonère de l'impôt, ordonne un formidable remaniement architectural pour en faire un site sans pareil, rival de Rome, doté de constructions somptueuses d'une ampleur et d'un luxe inusités jusque-là, en particulier :
Un arc (2) de 20m de haut entièrement orné de reliefs de marbres (3, 4), construit en 203 ap.
Un cardo maximus (5) réaménagé, voie majestueuse bordée de portiques à colonnes qui débouchaient sur une place ornée d'une fontaine monumentale.
Un nouveau forum (8), le forum sévérien (de 100m de long et 60 de large), entièrement pavé de marbre blanc, entouré sur 3 côtés d’amples portiques (colonnes en cipolin, bases et chapiteaux en marbre blanc) ; les colonnes étaient reliées par des arcs (9) et surmontées par des médaillons (10) en forme de têtes de gorgones ou de néréides, toutes différentes les unes des autres.
Une basilique (11), bâtiment divisé dans sa longueur en trois par deux colonnades, et terminé en abside à chaque extrémité.
- un port agrandi (13): la ville avait longtemps utilisé un port naturel situé à quelques kilomètres à l’ouest de la zone urbaine. Sous Néron, pour construire un port beaucoup plus proche, on aménagea l’estuaire de l’oued en construisant des quais sur les rives et en reliant un îlot à la côte par une digue. Ce port servait notamment à envoyer des bêtes sauvages à Rome pour les jeux du cirque. Sous Septime Sévère, des aménagements grandioses furent opérés : on détourna l’oued, qui provoquait un ensablement répété, par un barrage gigantesque, de vastes môles réunirent plusieurs îlots et formèrent un bassin circulaire d’environ 102 000 m². Le môle oriental (14) comportait un temple dorique et une tour servant de sémaphore ; le môle occidental se prolongeait par une jetée dotée d’un phare à plusieurs étages. Les quais comportent à intervalles réguliers de grosses pierres saillantes percées d’un trou pour y amarrer les navires, des greniers pour les marchandises, des réserves d’eau. La fonction de ce port immense était essentiellement d’amener à la ville les matériaux destinés à ses embellissements (le marbre ne se trouve pas sur place, il fallait l’importer d’Italie, de Sardaigne, de Proconnèse, etc.) De plus à l’est du môle oriental la rade était suffisamment sûre pour permettre une extension du port. Mais une fois les embellissements du début du IIIe siècle effectués, l’usage du port ne s’imposa plus, il ne fut pas entretenu et le bassin fut progressivement envahi par le sable car l’oued a repris son cours originel, ce qui a permis sa conservation.
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Une reconstitution virtuelle des thermes d'Hadrien : cliquez ici
André Laronde, Leptis Magna : la splendeur et l'oubli, éd Hermann, 2005