Les progrès de la technique permettent d’envisager de grands progrès dans la connaissance des textes anciens. Depuis peu, on sait dérouler les papyrus sans les abîmer et le développement de la technique d’imagerie spectrale rend possible le déchiffrement de textes sur des papyrus collés, carbonisés, noircis…
Ce papyrus fut découvert dans une tombe de Dervéni, à une dizaine de km de Thessalonique, en 1962. La tombe, datée de 340 av., qui devait être celle d’un important dignitaire macédonien du règne de Philippe II, était une tombe à ciste ; les cendres du défunt étaient placées dans un cratère en bronze, avec une couronne en or, d’autres objets en bronze et des armes. Le papyrus a été trouvé dans la couche de cendres déposées au-dessus de la tombe et provenant du bucher de la crémation. Il s’agit d’un papyrus d’environ 3 mètres de long et 9,5 cm de haut, qui avait été enroulé autour de deux bâtons en bois. Il en reste quatre grands fragments et environ 200 petits.
Le texte est nettement plus ancien que l’époque de la crémation puisqu’on le date de la seconde moitié du Ve siècle av. JC ou du début du IVe, ce qui en fait le plus ancien « livre » connu de la tradition occidentale. La partie du texte qui subsiste est répartie en 26 colonnes ; les dernières, qui se trouvaient au centre du rouleau et constituent la fin de l’œuvre, sont les mieux conservées car elles ont moins souffert de la crémation. On n’a probablement pas le début de l’œuvre.
Il s’agit d’un traité philosophico-religieux. Les 6 premières colonnes, très fragmentaires, mentionnent une cosmogonie, le sort de l’âme après la mort, les Érinyes, des démons, font référence à la divination et aux oracles, aux sacrifices ; un fragment inconnu d’Héraclite est cité dans la quatrième colonne. La deuxième partie du texte est le commentaire philosophique vers par vers d’un poème de la tradition orphique. L’intérêt de ce texte est majeur pour la connaissance des théories philosophiques et religieuses de l’époque. Il présente une préfiguration du monothéisme en affirmant que Gaia, Rhéa, Héra, Hestia… sont différents noms d’une seule et même divinité.
On pense que l’auteur du texte est un philosophe présocratique, proche des théories d’Anaxagore de Clazomènes.
Le papyrus a été progressivement déchiffré depuis sa découverte. Une édition non autorisée et anonyme a été publiée en 1982 dans la revue Zeitschrift für Papyrologie und Epigraphik, n° 47 ; de nouveaux fragments ont été déchiffrés ensuite ; une autre édition provisoire a été présentée par Richard Janko, toujours dans la ZPE en 2002 (n° 141), à partir de laquelle a été établie notamment l’édition française de F. Jourdan (Le Papyrus de Derveni, Les Belles-Lettres, 2003). Cependant une édition scientifique définitive, dont étaient chargée une équipe de savants de l’Université Aristote de Thessalonique, se faisait toujours attendre.
Coup de théâtre en juin 2006, le KAS (Conseil Central Archéologique hellénique) confie à une nouvelle équipe dirigée par Dirk Obbink de l’Université d’Oxford (habitué à travailler sur les papyrus d’Oxyrinchos) et Apostolos Pierris de l’Université de Patras le soin d’étudier le papyrus en utilisant des techniques photographiques de pointe (celles utilisées pour déchiffrer l’évangile de Judas). Les savants pensent augmenter ainsi de 10 à 20% le déchiffrement du texte, et A. Pierris déclenche une importante polémique en accusant ses collègues de Thessalonique de n’être pas à la hauteur et de priver la communauté scientifique internationale de l’accès à une œuvre capitale. Il espère proposer quant à lui un déchiffrement complet de tout ce qui peut être déchiffré pour la fin 2007.
Mais finalement l’équipe de Thessalonique est arrivée au bout de son travail, et 44 ans après sa découverte, le papyrus de Dervéni connaît sa première édition scientifique véritable, avec notes et commentaires, présentée à Thessalonique en octobre 2006 ; la publication se fait en Italie, et en langue anglaise. C’est une première édition scientifique, mais probablement pas l’édition définitive, et il faudra attendre les résultats des travaux de la "deuxième équipe"…
The Derveni Papyrus, edited with Introduction and Commentary by T. Kouremenos, G.M. Parássoglou, K. Tsantsanoglou, Studi e testi per il Corpus dei papiri filosofici greci e latini, vol. 13, Firenze, 2006
Voir le compte-rendu critique (en anglais) de Richard Janko, un des spécialistes du texte, dans Bryn Mawr Classical Review (29/10/2006).
Pour un aperçu des cosmogonies antiques, voir home.page.ch/pub/henaro@vtx.ch/cosmos.htm
Des fragments du papyrus sont exposés au musée archéologique de Thessalonique.
Voir la page "sciences" de Philalithia pour l'histoire du manuscrit et la connaissance apportée à l'oeuvre d'Archimède.
Le célèbre parchemin, précieux pour l’histoire des sciences, ne contient pas que des œuvres d’Archimède, mais comporte également des extraits du grand orateur Hypéride, 10 pages qui ajoutent un volume de 20% aux œuvres qui nous ont été transmises. Hypéride (389-322 av. JC) fut un des orateurs acharnés du parti anti-macédonien à Athènes, et fut sauvagement assassiné par ses adversaires après leur victoire définitive. On lui attribuait 52 discours dans l’Antiquité, mais six d’entre eux seulement nous étaient parvenus, dont un seul sous forme intégrale (Pour Euxénippe). Le déchiffrement du palimpseste a fait apparaître des extraits de deux nouveaux discours, et apporté un éclairage sur certains points de l’histoire grecque. Judson Herrman a présenté les premiers résultats en novembre 2006. On découvre notamment que le nombre de navires alignés par les Grecs à la bataille de Salamine s’élevait à 220, on en apprend un peu plus sur les lois concernant la transmission des héritages, et on possède un passage d’un discours dans lequel, après la défaite de Chéronée en 338, Hypéride défend Démosthène, victime d’un procès. Il argumente en expliquant que la défaite n’est pas imputable à la politique de Démosthène, qui était bonne, mais à la malchance.
La révélation a été faite le 26/04/2007 lors du congrès annuel de l'American Philosophical Society. La technologie de l'imagerie multispectrale a permis la découverte d'extraits d'un troisième manuscrit : il s'agit cette fois de scholies au traité d'Aristote Les Catégories, par Alexandre d'Aphrodisias (ou Alexandre d'Aphrodise). Cet Alexandre, originaire de la ville d'Aphrodisias en Carie, est l'un des plus importants commentateurs du maître, et justement, son commentaire des Catégories avait disparu. C'est donc un troisième texte majeur révélé par le fameux palimpseste.
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